La Pyramide

ça ne portait pas de nom particulier, ça gisait d’abord puis se levait et recouvrait la colline dissimulée derrière. à l’intérieur et à l’extérieur, un tétraèdre arrêté là attendait que les mers se vident.

la pyramide pris pied, continua sa route vers l’horizon de plus en plus vert. sur son passage les herbes pourrissaient, les enfants se retournaient. la pyramide pris flammes, se jeta sur le dernier homme pour le consumer tant qu’il était encore amoureux, laissa le miel de son cœur rouler sur ses bras meurtris. elle pris le temps de lui faire sentir les regrets de n’avoir embrassé plus tôt cette femme à la peau mûre, à la peau dure, cet amas de braises. peut-être que la pyramide devient transparente ou aigre. elle se vide jusqu’à l’odeur. difficile pour l’autre de savoir d’où vient le vent à cet instant, et il serre les dents. le miel colle ses tibias. il se penche. il appuie un couteau sous l’os de son genou et en coupe les tendons de miel. c’est un moment de soulagement et d’oubli. un moment malvenu car la guerre reprends. il est mort.

la pyramide se sépare de son cadavre et continue sa route vers l’horizon doré. il est mort alors qu’il est trop tard. au milieu de visages de plus en plus herbeux. de plus en plus doux et parsemés. dans sa tête : la femme sur son siège de chair, parle d’honneur et se plie en quatre comme une ville occupée. l’homme enfin mort, jette un œil de vengeance sur la plaine. l’herbe devint bleue comme si un coup était tombé. il est près de sa finition et chaque pas le pousse à vivre. il ne marche pas sur un plan piquant. il détruit ses jambes pour avancer. la femme se dresse et s’habille de son ombre.

l’eau sort enfin des mers et cherche des endroits sacrés où reposer avec les animaux. des années plus tard, peut-être une minute, l’homme revient sur ses pas pour boire. pour boire la plaine, l’espace et la mer. mais la mer est sèche et grave. l’eau n’a laissé que l’amer. pas de plantes.

                                                                                                            Fugazzi, 2012