Le Canard

JE VAIS NOIRCIR VOS TETES, DISAIT LA FEMME AU CHIEN, LE REGARD SUR LEURS (VA)PEURS.

UN CANARD DESCENDANT SES AILES EN ESCALIERS VERS LE BROUILLARD SUR LA PLAINE, SE TORDAIT LE COU EN ASSUMANT SON ROLE. IL ETAIT LA, COMPTANT LES TEMPS ENTRE LES REVES.

CHAQUE MINUTE, DES PEUPLES VOYAGEURS L’AIMAIENT COMME UN DIEU – ET S’IL N’AVAIT A PROPREMENT PARLER RIEN A VOIR AVEC EUX. RIEN DE SEMBLABLE A CETTE ESPECE. ET ILS NE LE VOYAIENT PAS MAIS ILS LE TENAIENT ENTRE LEURS MAINS – ILS LE TENAIENT RESPONSABLE DE LEURS PEINES ET LEURS RIDES ET CRISPAIENT DE VIEUX ORTEILS A SA VENUE. EN DESSOUS DU BROUILLARD, ILS SOUFFLAIENT DES BULLES DE SAVON QU’ILS SCRUTAIENT COMME DES BOULES DE CRISTAL, ILS ALIGNAIENT LES CHIFFRES DANS UN COIN, JUSQU’A CE QUE LES BULLES ROSATRES SE BRISENT PLUS LOIN SUR SON PLUMAGE.

LES ESCALIERS TOMBERENT VERS LE BROUILLARD, QUI LES ABSORBA DANS LA CONFUSION GENERALE, PUIS LES CHIFFRES. ET AUX VOYAGEURS POUSSAIENT DES TRESSES FOLLES, QUI SE DRESSAIENT COMME DES ANTENNES JUSQU’A CE QUE LA FOUDRE S’ABATTE SUR ELLES ET LAISSE DES TRACES DE POUDRE A LEURS PIEDS. TRACES QU’ILS S’EMPRESSAIENT DE SUIVRE POUR NE PAS OUBLIER.

JE VAIS NOIRCIR VOS TETES, DISAIT A LEUR ATTENTION, SORTIE DU NOIR, LA FEMME AU CHIEN. NOIRCIR ET FAIRE DES RONDS

ET ELLE PENSAIT TROUVER LE SOMMEIL PERDU DERRIERE LA COLLINE VERS LE SUD. ET ELLE CRU ETRE ARRIVEE A TISSER UNE BOUCLE COMME LA LUNE AU DESSUS DE SA TETE, QUI SANS ETRE L’AUREOLE, LA SURPASSE DEPUIS TOUJOURS.

UN INSTANT SE FIT LONG. AU MILIEU DE TOUT, LE PALMIPEDE AVAIT EMIS UNE FAUSSE NOTE. ELLE LACHAIT LE CHIEN SUR UN PUBLIC SOURD ET LAS, ET PRETENDIT DETRONER BIEN ASSEZ TOT CET OISEAU DE MAUVAISE FOI, ET SES RUSES DE LAITIER.

ELLE PRIS SON REVE ET SE RETOURNA MEME CONTRE SON CHIEN QUI DEVINT GRIS ET LUI PRIS UN MORCEAU DE CHAIR, ELLE DISPARU AU LOIN EN COURANT VERS L’IGNORANCE, JUSQUE DANS LA MONTAGNE A LA RECHERCHE D’UNE OREILLE. ELLE TROUVA CELLE-CI EN PAYS ETRANGER SOUS LA FORME D’UN HOMME DE CETTE TERRE SOUFFRANT D’UN DERNIER MAL, UN MAL PLUS GRAND, MAIS EPARGNE DE L’ILLUSION. ET IL NE SE PASSE AUCUNE NUIT SANS UNE GOUTTE DE PLUIE SUR SA TETE BRULANTE D’OUVRIER, SE CHANGEANT EN PETITE VAPEUR.

                                                                                                           Fugazzi, 2012